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Histoire locale |
Le Travail à la ferme vers les années 1930
Le grand nettoyage de Pâques
Dans le bourg,
comme dans les fermes, souvent pendant la Semaine Sainte, quand le temps est
convenable, les femmes font le grand ménage, à fond, dans tous les coins et
recoins de la maison.
Il faut d’abord
sortir toute la literie : oreillers, traversins, couvre-pieds, couvertures,
draps, couettes-paillasses, ballines. Tout cela est exposé au grand air sur des
fagots, ou des tôles pour isoler de l’humidité du sol, les couvre-pieds et
couvertures sur le fil à linge.

Comme il n’y a
pas de sommier, les planches du fond du lit ainsi que tout le bois de
l’intérieur du lit sont nettoyés à l’aide d’une petite balayette de genêt pour
en chasser la moindre petite trace de " velon " (duvet de poussière
ou " mouton ").
On décroche
ensuite les rideaux des fenêtres, les cadres du mur, la glace, les photos, qui
sont bien essuyés et mis de côté en attente. Les murs sont époussetés, les
soliveaux débarrassés des araignées. Les armoires et les commodes, ramenées
vers le milieu de la pièce, sont époussetées par derrière. Le journal du dessus
de l’armoire est changé. Le tout recouvert de vieux draps ou de " barnes
" (sacs de jute cousus ensemble).
Tout est donc
prêt pour le blanchissage des murs, cela consiste à délayer, dans une bassine,
de la chaux dans de l’eau et à y ajouter un sachet de bleu à linge. A l’aide
d’un gros pinceau rond on badigeonne le plafond (ça dégouline dans les manche
de chemise !) et murs de la chambre à coucher et de la cuisine. Pour celle-ci,
il faut commencer de chaque côté de la cheminée, car les murs sont enfumés et
donc nécessitent une couche supplémentaire. On fait le tour de la pièce et
comme on a fait courant d’air en laissant ouvertes portes et fenêtres, ça sèche
vite… et on peut passer une seconde couche de blanc, et une troisième de chaque
côté de la cheminée. Il faut prendre garde de ne pas s’appuyer au mur avant qu’il
ne soit très très sec. On fait une petite retouche dans les coins, dans les
entrées de portes et fenêtres avec un petit pinceau plat.
Il faut
maintenant laver " la place " carrelée avec des carreaux de terre
cuite, ou cimentée simplement, ou même restée couverte en cendre de chaux. A
grands coups d sceaux d’eau et de balai, on gratte avec un balai de bouleau
usagé (ça remplace le balai brosse alors inconnu) puis on affine au balai de
mil et on rejette l’eau vers la porte, mais quelquefois la pente est à
l’opposé… hélàs ! Enfin on arrive au rinçage, ouf !
En fin
d’après-midi, le sol est sec, les murs aussi, on regarde : pas de lichée
(trace) tout est net et sent le frais.
On remet
armoires et commodes à leur place habituelle, on raccroche tout ce qui garnissait
les murs.
On refait les
lits : " la balline " garnie de balle d’avoine, la paillasse, la
couette… tout ça bien brossé, bien remué, a doublé de volume (ce soir les
enfants auront besoin d’une chaise pour grimper dans le lit), draps et taies
d’oreillers sont changés. Quel bon somme dans toute cette blancheur et ce
moëlleux !

Le lendemain et
les jours suivants, il faut cirer les meubles à la cire d’abeille (achetée en
grande boîte, ou confectionnée à la maison, avec de la cire pure éclaircie à
l’essence de térébenthine fondue dans une boîte de fer sur la plaque du foyer,
loin de la flamme), astiquer au miror les fiches en cuivre des armoires et
buffets, laver les vitres, raccrocher les rideaux lavés et amidonnés, replacer
le tapis sur la table du milieu, refaire le vase de fleurs, regarnir le dessus
de la cheminée de tous les bibelots nettoyés minutieusement, renoircir la
plaque en fonte du foyer… Bref, la chambre à coucher est superbe !
Pour la
cuisine, même blanchissage, même lavage, même astiquage, avec beaucoup plus de
peine car elle est plus encrassée que la chambre et il y a plus d’objets à
sortir et à remettre en place, mais tout y passe quand même.
Ce grand
nettoyage aunuel traditionnel était un bon moyen de ne pas laisser les maisons
se détériorer en leur donnant cette salutaire toilette de printemps, très
hygiénique.
Mise à jour du 14/12/2002 - © Mairie LA RENAUDIERE